
Les ressentis d’une VICTIME:
Vous reconnaissez-vous dans ces mots ?
Les lignes qui suivent ne racontent pas l’histoire d’une seule personne.
Elles rassemblent les ressentis que j’entends le plus souvent au cabinet chez des personnes victimes de viol, d’agressions sexuelles, de violences physiques ou psychologiques, de harcèlement ou d’autres traumatismes.
Si vous vous reconnaissez dans ces phrases, sachez une chose essentielle :
vous n’êtes pas seul(e).
Ces réactions sont fréquentes après un traumatisme. Elles ne signifient ni que vous êtes faible, ni que vous êtes responsable de ce qui vous est arrivé. Elles sont souvent l’expression d’un cerveau qui tente encore de survivre à un événement qui l’a profondément bouleversé.
Ce que je ressens…
Je ressens souvent une profonde culpabilité. J’ai parfois l’impression d’être jugé(e), puni(e) ou même considéré(e) comme responsable de ce qui m’est arrivé.
Je me demande sans cesse :
« Aurais-je pu faire autrement ? »
« Pourquoi n’ai-je pas crié ? »
« Pourquoi ne me suis-je pas défendu(e) ? »
« Pourquoi suis-je resté(e) paralysé(e) ? »
Ces questions reviennent sans cesse dans mon esprit et alimentent un sentiment de honte qui semble ne jamais vouloir disparaître.
Je finis parfois par croire que si j’avais agi différemment, l’agression aurait pu être évitée.
Pourtant, cette culpabilité ne signifie pas que je suis responsable. Elle est une conséquence fréquente du traumatisme.
Pendant l’agression, mon cerveau a pu entrer dans un état de sidération ou de dissociation. Dans ces moments-là, il devient parfois impossible de crier, de fuir ou même de réagir. Ce ne sont pas des choix conscients, mais des mécanismes automatiques de survie.
Après le traumatisme, je continue pourtant à me reprocher ces réactions que je ne contrôlais pas.
Je peux également ressentir une profonde honte.
J’ai parfois l’impression d’être « souillé(e) », « cassé(e) » ou « marqué(e) » à jamais.
Cette sensation est souvent renforcée par les messages que la société véhicule encore aujourd’hui.
Les questions que j’entends parfois autour de moi peuvent être très douloureuses :
« Comment étais-tu habillé(e) ? »
« Pourquoi étais-tu seul(e) ? »
« Pourquoi n’es-tu pas parti(e) ? »
« Pourquoi n’as-tu rien dit plus tôt ? »
Ces questions peuvent me donner l’impression que l’on cherche à comprendre mes réactions plutôt que celles de mon agresseur.
Peu à peu, je finis par intérioriser ces jugements et par croire que j’ai une part de responsabilité dans ce qui s’est passé.
Je peux également me sentir très seul(e).
Lorsque mon entourage doute de ma parole, minimise les faits ou me conseille simplement « d’oublier », je me sens encore plus isolé(e).
Les procédures judiciaires peuvent parfois renforcer ce sentiment. Être interrogé(e), devoir répéter les faits ou avoir l’impression que ma crédibilité est remise en question peut raviver la souffrance et accentuer la culpabilité.
Je ressens aussi une perte de contrôle sur ma vie.
Comme si mon corps ne m’appartenait plus.
Comme si le monde n’était plus un endroit sûr.
Pour tenter de retrouver un peu de sécurité, mon cerveau cherche désespérément une explication.
La culpabilité devient alors une illusion de contrôle.
Si je peux croire que j’ai commis une erreur, alors je peux aussi croire qu’en agissant autrement cela ne se reproduira plus.
C’est une tentative du cerveau pour rendre supportable ce qui, en réalité, ne l’est pas.
Comprendre ce qui se passe : le syndrome de stress post-traumatique
Si vous vous êtes reconnu(e) dans plusieurs des ressentis précédents, il est important de savoir qu’ils correspondent très souvent aux conséquences d’un traumatisme psychique.
Les professionnels parlent alors de syndrome de stress post-traumatique (SSPT).
Le SSPT peut apparaître après avoir vécu ou été témoin d’un événement particulièrement violent ou menaçant.
Ce traumatisme laisse une empreinte durable dans le cerveau, notamment dans certaines régions impliquées dans la gestion des émotions, de la mémoire et des réactions de survie.
Le cerveau continue alors à fonctionner comme si le danger était toujours présent.
Plusieurs manifestations sont fréquentes.
Revivre sans cesse le traumatisme
L’événement peut revenir sous forme de flash-back, de cauchemars ou de pensées intrusives qui surgissent malgré soi.
La personne a parfois l’impression de revivre la scène, comme si elle se produisait à nouveau.
Éviter tout ce qui rappelle le traumatisme
Certaines personnes évitent les lieux, les personnes, les odeurs, les conversations ou les situations qui évoquent de près ou de loin ce qu’elles ont vécu.
Cet évitement procure parfois un soulagement temporaire mais entretient souvent la souffrance à long terme.
L’hypervigilance
Le cerveau reste constamment en état d’alerte.
Le moindre bruit peut provoquer une réaction de peur.
Il devient difficile de se détendre, de dormir ou de se concentrer.
Beaucoup de personnes disent avoir l’impression de surveiller leur environnement en permanence.
Les modifications de l’humeur
La joie devient plus difficile à ressentir.
La tristesse, la colère, l’anxiété ou le sentiment de vide prennent davantage de place.
Des pensées négatives sur soi-même ou sur le monde peuvent apparaître de façon répétitive.
La culpabilité et le besoin de contrôle
Après un traumatisme, la culpabilité et le besoin de contrôle sont souvent intimement liés.
Le cerveau cherche désespérément à comprendre pourquoi l’événement s’est produit.
Il préfère parfois croire que nous aurions pu empêcher le drame plutôt que d’accepter qu’il ait pu survenir malgré toutes nos précautions.
Cette illusion de contrôle est paradoxalement rassurante.
Elle donne le sentiment que, si nous faisons désormais tout parfaitement, nous serons protégés.
Cela peut conduire à développer un besoin excessif de tout contrôler.
Certaines personnes mettent en place des rituels, évitent de nombreuses situations ou deviennent constamment sur leurs gardes.
Cette hypervigilance est extrêmement épuisante.
Elle entretient le stress et rend difficile le retour à une vie paisible.
Quelques exemples
Le SSPT peut apparaître après des situations très différentes :
- un viol ou une agression sexuelle ;
- des violences conjugales ;
- du harcèlement psychologique ou moral ;
- un accident grave ;
- une catastrophe naturelle ;
- un attentat ;
- des conflits armés ;
- la perte brutale d’un proche ;
- ou tout autre événement ayant provoqué un profond sentiment d’impuissance.
Chaque personne réagit différemment.
Il n’existe pas une seule manière de vivre un traumatisme.
Il est possible de guérir
Le syndrome de stress post-traumatique est un trouble sérieux, mais il peut être accompagné et traité.
Il existe aujourd’hui plusieurs approches thérapeutiques reconnues qui permettent d’aider progressivement le cerveau et le corps à sortir de l’état d’alerte permanent dans lequel ils sont restés enfermés.
Dans ma pratique, la Thérapie Globale Active (TGA) fait partie des approches que j’utilise pour accompagner ce processus de guérison.
Son objectif n’est pas d’effacer le passé. Mais d’effacer les conséquences de Ce passé.

Il est d’aider la personne à retrouver progressivement un sentiment de sécurité intérieure, à diminuer l’emprise émotionnelle du traumatisme et à reprendre le cours de sa vie.
La guérison n’efface pas ce qui a été vécu.
Elle permet que ce vécu ne définisse plus toute l’existence.

et les blessures invisibles?
Lorsque l’on parle de traumatisme, nous pensons spontanément aux événements les plus dramatiques : un viol, une guerre, un attentat, un grave accident, des violences physiques ou psychologiques répétées.
Ces situations peuvent effectivement laisser une empreinte profonde dans notre cerveau et provoquer un syndrome de stress post-traumatique.
Mais il existe aussi des blessures beaucoup plus discrètes.
Des blessures qui passent souvent inaperçues, parfois même aux yeux de celui ou de celle qui les porte.
Ce ne sont pas forcément des événements exceptionnels.
Ce sont parfois des humiliations répétées, des moqueries, des rejets, des comparaisons, un manque d’amour, des paroles blessantes, une peur constante de décevoir, une enfance où l’on ne s’est jamais senti suffisamment reconnu ou en sécurité.
Pris isolément, chacun de ces événements peut sembler anodin.
Pourtant, lorsqu’ils se répètent ou surviennent à des moments particulièrement sensibles de la construction de la personnalité, ils peuvent laisser une empreinte durable.
Notre cerveau apprend alors quelque chose.
Non pas de manière intellectuelle.
Mais émotionnellement.
Il enregistre une conclusion qui devient progressivement une croyance.
« Se montrer est dangereux. »
« Je ne suis jamais assez bien. »
« Si je fais une erreur, je serai rejeté. »
« Les autres vont forcément me juger. »
À partir de là, toute notre vie peut s’organiser autour de cette croyance sans même que nous en ayons conscience.
Prenons un exemple.
Un enfant est repris sévèrement par son enseignante devant toute la classe.
Ses camarades rient.
Pour l’adulte, cette scène sera peut-être vite oubliée.
Pour l’enfant, elle peut représenter un immense choc émotionnel.
Si ce type de situation se reproduit plusieurs fois, son cerveau peut finir par associer le fait de prendre la parole, de se montrer ou d’être observé à un danger.
Des années plus tard, devenu adulte, il pourra ressentir une peur intense de parler en public, d’exprimer ses idées ou simplement d’être regardé.
Il ne comprendra pas toujours pourquoi.
Pourtant, cette peur trouve souvent son origine dans des expériences anciennes qui continuent d’agir silencieusement.
Heureusement, notre histoire n’est pas une condamnation.
Le cerveau possède une extraordinaire capacité de transformation.
En revisitant ces expériences dans un cadre thérapeutique sécurisant, il devient possible de diminuer leur charge émotionnelle, de modifier les croyances qu’elles ont engendrées et de retrouver progressivement sa liberté intérieure.

C’est précisément l’un des objectifs de la Thérapie Globale Active (TGA).
Comme l’écrivait Carl Gustav Jung :
« Ce qui ne parvient pas à la conscience revient sous la forme du destin. »