Pendant longtemps, j’ai accompagné des personnes en cherchant, comme beaucoup de thérapeutes, à comprendre comment leur passé continuait d’influencer leur présent. Au fil des années, une évidence s’est progressivement imposée à moi : si les événements de notre vie ne peuvent être effacés, leur empreinte psychique, elle, peut profondément se transformer.
Nous avons tous fait cette expérience. Une rencontre, un deuil, une naissance, une compréhension soudaine ou un long travail intérieur peuvent modifier le regard que nous portons sur une histoire ancienne. Le souvenir est le même, mais il ne nous habite plus de la même manière. Ce qui semblait nous enfermer devient parfois une source de force, de liberté ou de sens.
Cette observation m’a conduite à m’interroger sur notre manière habituelle de concevoir le temps. Sommes-nous réellement condamnés à subir notre histoire, ou notre conscience possède-t-elle une capacité de transformation bien plus grande que nous ne l’imaginons ?
C’est cette question qui est à l’origine de la Thérapie Globale Active (TGA).
Au cours de cette approche, il ne s’agit pas d’effacer le passé ni de nier ce qui a été vécu. Il s’agit plutôt d’explorer notre relation intérieure au temps, afin de permettre à certaines expériences restées figées de retrouver du mouvement. Lorsque cette transformation s’opère, ce n’est pas le passé historique qui change, mais la manière dont il continue d’agir dans notre présent.
Peu à peu, j’ai découvert que certaines réflexions issues de la physique contemporaine, notamment autour de la rétrocausalité, faisaient étonnamment écho à cette expérience clinique. Je ne les considère pas comme une preuve de ma pratique, mais comme une source d’inspiration qui ouvre de nouvelles pistes de réflexion sur la conscience et sur notre rapport au temps.
Ces modèles suggèrent que le temps n’est peut-être pas aussi linéaire que nous le percevons spontanément. Sans transposer directement les lois de la physique à la psychologie, ils invitent à envisager que notre futur, nos intentions profondes ou la personne que nous devenons puissent influencer notre manière de donner sens à notre histoire.
Cette idée rejoint ce que j’observe depuis de nombreuses années : lorsqu’une personne découvre une nouvelle compréhension d’elle-même, c’est toute son existence qui se réorganise. Ses émotions changent, ses choix évoluent, ses relations se transforment et même les souvenirs douloureux cessent parfois d’avoir le même pouvoir.
Ce processus ne consiste pas à réécrire les faits, mais à transformer la manière dont ils vivent en nous.
Dans cette perspective, chaque être humain porte en lui de multiples futurs possibles. Nos blessures ne déterminent pas entièrement notre destinée ; elles peuvent devenir le point de départ d’une évolution. La thérapie n’a alors plus seulement pour objectif de soulager une souffrance. Elle devient un espace où chacun peut retrouver sa liberté intérieure, redonner un sens à son histoire et ouvrir des chemins qui semblaient jusqu’alors inaccessibles.
Je ne prétends pas détenir une vérité définitive. Cette approche est née de mon parcours personnel, de mon analyse jungienne, de nombreuses années d’accompagnement thérapeutique et d’une réflexion qui continue d’évoluer. Elle constitue une invitation à explorer autrement la conscience, le temps et les extraordinaires capacités de transformation de l’être humain.
« Ce qui ne parvient pas à la conscience revient sous la forme du destin. » Carl Gustav Jung
Pourquoi certaines personnes semblent-elles revivre les mêmes difficultés tout au long de leur existence ? Pourquoi répétons-nous parfois les mêmes peurs, les mêmes conflits, les mêmes relations, alors même que nous souhaitons profondément en sortir ?
Pour Carl Gustav Jung, ces répétitions ne sont pas le fruit du hasard. Elles témoignent d’une partie de nous-mêmes qui demande encore à être reconnue.
Le processus d’individuation est le nom qu’il donne à ce lent chemin de retour vers soi. Un voyage intérieur qui nous conduit progressivement des conditionnements vers la liberté, des masques vers l’authenticité, de la division intérieure vers l’unité.
Ce chemin n’est ni rapide, ni confortable. Il demande du courage, de la patience et beaucoup d’humilité. Mais il ouvre peu à peu la voie vers une vie plus consciente, plus libre et plus profondément alignée avec ce que nous sommes.
Une odyssée intérieure
L’individuation est une véritable odyssée.
C’est le voyage d’un être humain qui descend dans les profondeurs de sa propre psyché afin d’y retrouver un trésor oublié : lui-même.
Nous avançons rarement en ligne droite. Ce chemin ressemble davantage à un labyrinthe où chaque détour nous révèle une facette encore inconnue de notre être.
Au fil de cette exploration, plusieurs rencontres essentielles jalonnent notre évolution.
① La Persona
Le masque social
La première rencontre est celle de la Persona.
Elle représente l’image que nous présentons au monde.
Depuis notre enfance, nous apprenons à être aimés, acceptés ou reconnus. Nous adaptons progressivement notre manière d’être afin de répondre aux attentes de notre entourage, de notre famille ou de la société.
Cette Persona est utile. Elle nous permet de vivre avec les autres.
Mais lorsqu’elle devient notre unique identité, nous finissons par oublier qui nous sommes réellement.
Un jour, le masque se fissure.
Alors apparaît une réalité plus profonde.
② L’Ombre
Ce que nous refusons de voir
Derrière la Persona se trouve l’Ombre.
Elle rassemble tout ce que nous avons appris à cacher :
nos peurs,
notre colère,
notre tristesse,
nos blessures,
mais aussi des qualités, des élans de vie, des talents ou une créativité que nous n’avons jamais osé exprimer.
L’Ombre n’est pas notre ennemie.
Elle est une partie de nous qui attend d’être reconnue.
Jung écrivait :
« Ce qui ne devient pas conscient se manifeste comme destin. »
Ignorer l’Ombre ne la fait pas disparaître.
Elle continue simplement à agir dans notre vie à travers nos réactions, nos conflits, nos projections et nos répétitions.
L’intégrer demande une profonde honnêteté envers soi-même.
Mais cette rencontre libère une énergie considérable.
③ L’inconscient
Un allié plutôt qu’un adversaire
Pour Jung, l’inconscient n’est pas un lieu obscur qu’il faudrait craindre.
Il constitue au contraire une immense source d’informations.
Il s’exprime à travers :
les rêves,
les symboles,
les intuitions,
les synchronicités,
les émotions,
les scénarios qui semblent se répéter au cours de notre vie.
Ces manifestations ne sont pas des accidents.
Elles cherchent souvent à attirer notre attention sur une partie de nous encore inexplorée.
④ L’Anima et l’Animus
L’union des contraires
Au-delà de l’inconscient personnel apparaît une dimension plus profonde encore : l’inconscient collectif.
C’est là que résident les grands archétypes universels.
Parmi eux, Jung décrit l’Anima et l’Animus, représentations symboliques du féminin et du masculin présents en chacun de nous.
Lorsque ces différentes polarités trouvent progressivement leur équilibre, nous devenons plus souples, plus créatifs et plus profondément reliés à nous-mêmes.
⑤ Le Soi
Le centre de notre être
Le terme Soi désigne le véritable centre de la personnalité.
Il ne s’agit plus de l’ego.
Le Soi représente l’unité retrouvée entre le conscient et l’inconscient.
Jung l’illustre souvent par le symbole du mandala.
On pourrait également l’imaginer comme une maison reconstruite pierre après pierre après de longues années d’abandon.
Le chemin d’individuation n’efface pas notre histoire.
Il lui donne un sens.
Les grandes étapes de la guérison selon Jung
🌱 Se choisir
La guérison commence lorsque nous cessons d’attendre que quelqu’un nous sauve et acceptons de devenir responsables de notre propre évolution.
🌑 Rencontrer son Ombre
Nos blessures mais aussi nos richesses oubliées demandent à être reconnues.
🌀 Écouter l’inconscient
Les rêves, les symboles et les répétitions deviennent des guides précieux.
🌸 Devenir pleinement soi-même
L’individuation consiste à réunifier progressivement les différentes parties de notre être.
🌳 Transformer le collectif
En guérissant nos propres blessures, nous cessons de transmettre inconsciemment certains schémas aux générations suivantes.
Une précision importante
J’aimerais apporter ici une nuance essentielle.
La psychologie de Jung montre combien il est fondamental de rendre conscient ce qui ne l’était pas. Cette prise de conscience ouvre une voie précieuse vers davantage de liberté intérieure.
Au cours de ma pratique clinique, j’ai cependant observé qu’une compréhension intellectuelle, aussi profonde soit-elle, ne suffit pas toujours à transformer durablement certaines réactions émotionnelles.
Beaucoup de personnes me disent :
« Je comprends parfaitement pourquoi je réagis ainsi… pourtant je continue à ressentir la même peur, la même angoisse ou le même blocage. »
Mon expérience m’a conduite à constater que le cerveau émotionnel fonctionne selon une logique différente de celle du mental. Il ne suffit pas de comprendre une blessure ; encore faut-il que le vécu émotionnel puisse lui aussi être progressivement transformé et intégré.
C’est précisément ce constat qui m’a amenée, au fil des années, à développer ma propre approche thérapeutique, présentée dans le chapitre consacré à la TGA (Thérapie Globale Active).
Ainsi, la compréhension ouvre le chemin, mais c’est l’intégration de l’expérience émotionnelle qui permet à la liberté intérieure de devenir une réalité vécue.
La Guérison Émotionnelle selon Carl Jung : Synthèse des Concepts Clés
Ce document synthétise les principes fondamentaux de la guérison émotionnelle tels que présentés à travers le prisme de la psychologie de Carl Jung. Le concept central est que la véritable guérison ne peut être atteinte sans faire de soi-même une priorité radicale. Il ne s’agit pas d’un acte d’égoïsme ou de soin personnel superficiel, mais d’un engagement profond et courageux envers sa propre vérité, son authenticité et son évolution personnelle.
Les points à retenir sont les suivants :
La Priorité à Soi : La guérison commence par un acte de responsabilité personnelle, où l’individu cesse d’attendre des solutions extérieures et se tourne vers son monde intérieur pour trouver les réponses.
La Confrontation avec l’Ombre : Un élément essentiel du processus est d’affronter et d’intégrer « l’ombre » — les parties de soi réprimées, niées et jugées inacceptables. Ignorer la douleur, la colère ou la tristesse ne fait que renforcer leur emprise.
Le Voyage d’Individuation : La guérison est un processus continu, non linéaire, appelé « individuation », qui vise à devenir la version la plus complète et authentique de soi-même en unifiant les aspects conscients et inconscients de la psyché.
Le Rôle de l’Inconscient : L’inconscient n’est pas un ennemi, mais un allié qui communique à travers des archétypes, des symboles, des rêves et des schémas de vie répétitifs. L’écoute de ces messages est cruciale pour la transformation.
La Guérison comme Acte Collectif : En se guérissant soi-même, un individu brise des schémas transgénérationnels et peut inspirer un changement au-delà de sa propre vie, faisant de cet acte personnel un geste généreux pour le collectif.
En somme, le chemin jungien vers la guérison est un voyage intérieur exigeant mais profondément libérateur, qui transforme la souffrance en sagesse et mène à une liberté authentique.
1. Le Principe Fondamental : Se Donner la Priorité pour Guérir
Le message central de l’approche jungienne est sans équivoque : « vous ne pouvez pas vraiment guérir si vous ne faites pas de vous-même une priorité ». Ce principe s’oppose directement au conditionnement social qui, dès la naissance, nous apprend à regarder vers l’extérieur pour obtenir validation et directives.
Au-delà du Soi Superficiel : Se donner la priorité n’est pas simplement prendre un jour de congé ou manger sainement. C’est un « engagement radical envers notre propre vérité », sans masque et sans chercher l’approbation des autres.
La Responsabilité Personnelle : Cela signifie cesser d’attendre que le monde ou autrui nous sauve et prendre l’entière responsabilité de notre propre guérison. Personne d’autre ne peut entreprendre ce travail à notre place.
Le Prérequis à l’Altruisme : L’idée que l’on ne peut pas donner ce que l’on ne possède pas est fondamentale. Il est impossible d’offrir un amour sincère sans s’aimer soi-même, ou d’apporter la paix si le chaos règne en nous.
Les Fondations de la Guérison : Pour accompagner les autres, il faut d’abord savoir qui l’on est. La guérison implique donc de s’écouter, de se donner la permission de ressentir sans culpabilité, de fixer des limites et d’oser être soi-même sans s’excuser.
2. La Confrontation avec l’Ombre (L’ombre)
L’un des concepts jungiens les plus importants pour la guérison est celui de « l’ombre ». C’est la partie de notre psyché que nous réprimons et cachons parce que la société nous a appris que certaines émotions comme la colère, la douleur ou la tristesse sont des faiblesses ou des traits négatifs.
Le Paradoxe de l’Intégration : La guérison commence précisément au moment où l’on ose regarder cette ombre sans filtre, sans jugement et sans fuite. La source cite une maxime jungienne clé : « ce que vous vous soumet ce que vous acceptez vous transforme ».
Le Danger de l’Ignorance : Ignorer l’ombre ne la fait pas disparaître ; au contraire, cela la renforce. Elle devient une force autonome qui influence nos vies et nos actions à notre insu.
Le Potentiel de l’Ombre : L’ombre n’est pas seulement le réceptacle de nos aspects « sombres ». Elle abrite également des désirs cachés, des passions interdites et des talents que nous ne nous sommes jamais permis de développer. Dialoguer avec elle, c’est aussi libérer ce potentiel.
Un Processus Inconfortable mais Nécessaire : La confrontation avec l’ombre est inconfortable, car elle nous oblige à voir nos faiblesses et nos insécurités. Cependant, c’est une étape indispensable sur le chemin de la totalité et de la sagesse.
3. Le Voyage de l’Individuation : Devenir Soi-même
La guérison est intégrée dans un processus plus large que Jung nomme « l’individuation » : le voyage pour devenir qui l’on est vraiment dans sa forme la plus pure et complète.
Un Chemin Non Linéaire : Ce n’est pas un chemin facile ou rapide. Il implique de la douleur, du doute et des crises. Il est décrit comme une « série de morts et de renaissance interne, un voyage en spirale ».
L’Union des Opposés : Le but de l’individuation est d’atteindre le « Soi », concept qui représente la totalité de notre existence psychique. C’est l’union de la conscience et de l’inconscient, où les fragments contradictoires de notre être trouvent une harmonie.
Le Prix de l’Authenticité : En choisissant d’écouter sa voix intérieure plutôt que les attentes des autres, un individu peut faire face au rejet et à l’incompréhension. Certaines relations basées sur une fausse identité peuvent s’effondrer.
La Récompense Ultime : Ce que l’on gagne en retour est une « connexion plus profonde avec soi-même, une vie vécue dans la vérité, une liberté qui ne peut être enlevée par personne ». La véritable guérison consiste à intégrer la douleur, non à l’éliminer.
4. L’Inconscient et ses Mécanismes
Pour Jung, l’inconscient est un vaste univers intérieur, un allié essentiel dans le processus de guérison. Il communique à travers un langage symbolique qu’il faut apprendre à déchiffrer.
Concept Clé
Description
Les Archétypes
Modèles universels et primordiaux existant dans l’inconscient collectif (ex: le Héros, le Martyr). Ils guident l’humanité et se manifestent dans les mythes, les rêves et les intuitions.
L’ Anima et l’ Animus
Représentations des énergies féminines (Anima) et masculines (Animus) présentes en chaque individu. Un déséquilibre entre ces forces crée des conflits internes qui se reflètent dans la réalité extérieure (ex: rationalité extrême, pensées rigides). La guérison passe par leur intégration.
Le Mythe Personnel
L’histoire inconsciente qui guide nos décisions et nos attentes (ex: le Sauveur, le Prisonnier). Prendre conscience de ce mythe permet de le réécrire et de cesser d’être victime du destin pour en devenir le créateur.
Les Croyances Limitantes
Idées absorbées depuis l’enfance (« je ne suis pas assez bien », « l’amour fait toujours mal ») qui deviennent des prophéties autoréalisatrices. La guérison exige de les reconnaître, de les remettre en question et de les changer.
Les Schémas Répétitifs
Lorsque nous nous retrouvons constamment dans des relations toxiques ou des conflits similaires, ce ne sont pas des hasards. Ce sont des messages de l’inconscient qui signalent une blessure non résolue nécessitant notre attention.
5. Les Outils de la Transformation Intérieure
Le processus de guérison jungien n’est pas passif ; il requiert un engagement actif à travers des pratiques d’exploration intérieure.
L’Introspection et l’Imagination Active : La véritable guérison se produit dans le calme, loin des distractions du monde moderne. Jung utilisait « l’imagination active » pour communiquer avec son inconscient : au lieu de réprimer les émotions ou les images émergentes, il les explorait consciemment, dialoguant avec elles pour comprendre leur message.
La Prise de Conscience : C’est la première étape indispensable. « Nous ne pouvons pas changer ce que nous ne reconnaissons pas ». Cela demande une honnêteté radicale pour se regarder sans masque, remettre en question ses croyances et cesser de chercher une validation externe.
La Prise de Responsabilité et l’Alchimie Intérieure : Il ne s’agit pas de blâmer les autres pour nos blessures, mais d’assumer la responsabilité de ce que nous en faisons. Jung parlait d’une « alchimie intérieure » : le processus de transformer nos blessures en sagesse, notre obscurité en lumière et notre souffrance en connaissance de soi. La question clé passe de « pourquoi cela m’est-il arrivé ? » à « que puis-je apprendre de cela ? ».
6. Les Implications du Processus de Guérison
S’engager sur la voie de la guérison a des conséquences profondes et transformatrices sur tous les aspects de la vie.
Surmonter la Peur : La peur (de l’inconnu, du changement) est le plus grand obstacle. Pour Jung, la peur n’est pas un signal d’arrêt, mais « la preuve que nous quittons la prison mentale dans laquelle nous vivons et entrons dans un territoire inconnu où tout est possible ».
L’Impact Relationnel : L’authenticité nouvellement acquise transforme l’écosystème relationnel. Les relations qui ne sont pas basées sur la vérité s’effondrent, tandis que celles qui le sont se renforcent.
Un Acte Généreux pour le Collectif : La guérison n’est pas un acte égoïste. En se connectant à l’inconscient collectif, une personne qui guérit brise des schémas familiaux et culturels. En se libérant d’un traumatisme, elle « ouvre la voie à d’autres » et démontre qu’une autre manière de vivre est possible. En étant en équilibre, on peut véritablement apporter une contribution positive au monde, sans projeter sa propre douleur sur les autres.
Les lignes qui suivent ne racontent pas l’histoire d’une seule personne.
Elles rassemblent les ressentis que j’entends le plus souvent au cabinet chez des personnes victimes de viol, d’agressions sexuelles, de violences physiques ou psychologiques, de harcèlement ou d’autres traumatismes.
Si vous vous reconnaissez dans ces phrases, sachez une chose essentielle : vous n’êtes pas seul(e).
Ces réactions sont fréquentes après un traumatisme. Elles ne signifient ni que vous êtes faible, ni que vous êtes responsable de ce qui vous est arrivé. Elles sont souvent l’expression d’un cerveau qui tente encore de survivre à un événement qui l’a profondément bouleversé.
Ce que je ressens…
Je ressens souvent une profonde culpabilité. J’ai parfois l’impression d’être jugé(e), puni(e) ou même considéré(e) comme responsable de ce qui m’est arrivé.
Je me demande sans cesse :
« Aurais-je pu faire autrement ? »
« Pourquoi n’ai-je pas crié ? »
« Pourquoi ne me suis-je pas défendu(e) ? »
« Pourquoi suis-je resté(e) paralysé(e) ? »
Ces questions reviennent sans cesse dans mon esprit et alimentent un sentiment de honte qui semble ne jamais vouloir disparaître.
Je finis parfois par croire que si j’avais agi différemment, l’agression aurait pu être évitée.
Pourtant, cette culpabilité ne signifie pas que je suis responsable. Elle est une conséquence fréquente du traumatisme.
Pendant l’agression, mon cerveau a pu entrer dans un état de sidération ou de dissociation. Dans ces moments-là, il devient parfois impossible de crier, de fuir ou même de réagir. Ce ne sont pas des choix conscients, mais des mécanismes automatiques de survie.
Après le traumatisme, je continue pourtant à me reprocher ces réactions que je ne contrôlais pas.
Je peux également ressentir une profonde honte.
J’ai parfois l’impression d’être « souillé(e) », « cassé(e) » ou « marqué(e) » à jamais.
Cette sensation est souvent renforcée par les messages que la société véhicule encore aujourd’hui.
Les questions que j’entends parfois autour de moi peuvent être très douloureuses :
« Comment étais-tu habillé(e) ? »
« Pourquoi étais-tu seul(e) ? »
« Pourquoi n’es-tu pas parti(e) ? »
« Pourquoi n’as-tu rien dit plus tôt ? »
Ces questions peuvent me donner l’impression que l’on cherche à comprendre mes réactions plutôt que celles de mon agresseur.
Peu à peu, je finis par intérioriser ces jugements et par croire que j’ai une part de responsabilité dans ce qui s’est passé.
Je peux également me sentir très seul(e).
Lorsque mon entourage doute de ma parole, minimise les faits ou me conseille simplement « d’oublier », je me sens encore plus isolé(e).
Les procédures judiciaires peuvent parfois renforcer ce sentiment. Être interrogé(e), devoir répéter les faits ou avoir l’impression que ma crédibilité est remise en question peut raviver la souffrance et accentuer la culpabilité.
Je ressens aussi une perte de contrôle sur ma vie.
Comme si mon corps ne m’appartenait plus.
Comme si le monde n’était plus un endroit sûr.
Pour tenter de retrouver un peu de sécurité, mon cerveau cherche désespérément une explication.
La culpabilité devient alors une illusion de contrôle.
Si je peux croire que j’ai commis une erreur, alors je peux aussi croire qu’en agissant autrement cela ne se reproduira plus.
C’est une tentative du cerveau pour rendre supportable ce qui, en réalité, ne l’est pas.
Comprendre ce qui se passe : le syndrome de stress post-traumatique
Si vous vous êtes reconnu(e) dans plusieurs des ressentis précédents, il est important de savoir qu’ils correspondent très souvent aux conséquences d’un traumatisme psychique.
Les professionnels parlent alors de syndrome de stress post-traumatique (SSPT).
Le SSPT peut apparaître après avoir vécu ou été témoin d’un événement particulièrement violent ou menaçant.
Ce traumatisme laisse une empreinte durable dans le cerveau, notamment dans certaines régions impliquées dans la gestion des émotions, de la mémoire et des réactions de survie.
Le cerveau continue alors à fonctionner comme si le danger était toujours présent.
Plusieurs manifestations sont fréquentes.
Revivre sans cesse le traumatisme
L’événement peut revenir sous forme de flash-back, de cauchemars ou de pensées intrusives qui surgissent malgré soi.
La personne a parfois l’impression de revivre la scène, comme si elle se produisait à nouveau.
Éviter tout ce qui rappelle le traumatisme
Certaines personnes évitent les lieux, les personnes, les odeurs, les conversations ou les situations qui évoquent de près ou de loin ce qu’elles ont vécu.
Cet évitement procure parfois un soulagement temporaire mais entretient souvent la souffrance à long terme.
L’hypervigilance
Le cerveau reste constamment en état d’alerte.
Le moindre bruit peut provoquer une réaction de peur.
Il devient difficile de se détendre, de dormir ou de se concentrer.
Beaucoup de personnes disent avoir l’impression de surveiller leur environnement en permanence.
Les modifications de l’humeur
La joie devient plus difficile à ressentir.
La tristesse, la colère, l’anxiété ou le sentiment de vide prennent davantage de place.
Des pensées négatives sur soi-même ou sur le monde peuvent apparaître de façon répétitive.
La culpabilité et le besoin de contrôle
Après un traumatisme, la culpabilité et le besoin de contrôle sont souvent intimement liés.
Le cerveau cherche désespérément à comprendre pourquoi l’événement s’est produit.
Il préfère parfois croire que nous aurions pu empêcher le drame plutôt que d’accepter qu’il ait pu survenir malgré toutes nos précautions.
Cette illusion de contrôle est paradoxalement rassurante.
Elle donne le sentiment que, si nous faisons désormais tout parfaitement, nous serons protégés.
Cela peut conduire à développer un besoin excessif de tout contrôler.
Certaines personnes mettent en place des rituels, évitent de nombreuses situations ou deviennent constamment sur leurs gardes.
Cette hypervigilance est extrêmement épuisante.
Elle entretient le stress et rend difficile le retour à une vie paisible.
Quelques exemples
Le SSPT peut apparaître après des situations très différentes :
un viol ou une agression sexuelle ;
des violences conjugales ;
du harcèlement psychologique ou moral ;
un accident grave ;
une catastrophe naturelle ;
un attentat ;
des conflits armés ;
la perte brutale d’un proche ;
ou tout autre événement ayant provoqué un profond sentiment d’impuissance.
Chaque personne réagit différemment.
Il n’existe pas une seule manière de vivre un traumatisme.
Il est possible de guérir
Le syndrome de stress post-traumatique est un trouble sérieux, mais il peut être accompagné et traité.
Il existe aujourd’hui plusieurs approches thérapeutiques reconnues qui permettent d’aider progressivement le cerveau et le corps à sortir de l’état d’alerte permanent dans lequel ils sont restés enfermés.
Dans ma pratique, la Thérapie Globale Active (TGA) fait partie des approches que j’utilise pour accompagner ce processus de guérison.
Son objectif n’est pas d’effacer le passé. Mais d’effacer les conséquences de Ce passé.
Il est d’aider la personne à retrouver progressivement un sentiment de sécurité intérieure, à diminuer l’emprise émotionnelle du traumatisme et à reprendre le cours de sa vie.
La guérison n’efface pas ce qui a été vécu.
Elle permet que ce vécu ne définisse plus toute l’existence.
Les blessures invisibles
Lorsque l’on parle de traumatisme, nous pensons spontanément aux événements les plus dramatiques : un viol, une guerre, un attentat, un grave accident, des violences physiques ou psychologiques répétées.
Ces situations peuvent effectivement laisser une empreinte profonde dans notre cerveau et provoquer un syndrome de stress post-traumatique.
Mais il existe aussi des blessures beaucoup plus discrètes.
Des blessures qui passent souvent inaperçues, parfois même aux yeux de celui ou de celle qui les porte.
Ce ne sont pas forcément des événements exceptionnels.
Ce sont parfois des humiliations répétées, des moqueries, des rejets, des comparaisons, un manque d’amour, des paroles blessantes, une peur constante de décevoir, une enfance où l’on ne s’est jamais senti suffisamment reconnu ou en sécurité.
Pris isolément, chacun de ces événements peut sembler anodin.
Pourtant, lorsqu’ils se répètent ou surviennent à des moments particulièrement sensibles de la construction de la personnalité, ils peuvent laisser une empreinte durable.
Notre cerveau apprend alors quelque chose.
Non pas de manière intellectuelle.
Mais émotionnellement.
Il enregistre une conclusion qui devient progressivement une croyance.
« Se montrer est dangereux. »
« Je ne suis jamais assez bien. »
« Si je fais une erreur, je serai rejeté. »
« Les autres vont forcément me juger. »
À partir de là, toute notre vie peut s’organiser autour de cette croyance sans même que nous en ayons conscience.
Prenons un exemple.
Un enfant est repris sévèrement par son enseignante devant toute la classe.
Ses camarades rient.
Pour l’adulte, cette scène sera peut-être vite oubliée.
Pour l’enfant, elle peut représenter un immense choc émotionnel.
Si ce type de situation se reproduit plusieurs fois, son cerveau peut finir par associer le fait de prendre la parole, de se montrer ou d’être observé à un danger.
Des années plus tard, devenu adulte, il pourra ressentir une peur intense de parler en public, d’exprimer ses idées ou simplement d’être regardé.
Il ne comprendra pas toujours pourquoi.
Pourtant, cette peur trouve souvent son origine dans des expériences anciennes qui continuent d’agir silencieusement.
Heureusement, notre histoire n’est pas une condamnation.
Le cerveau possède une extraordinaire capacité de transformation.
En revisitant ces expériences dans un cadre thérapeutique sécurisant, il devient possible de diminuer leur charge émotionnelle, de modifier les croyances qu’elles ont engendrées et de retrouver progressivement sa liberté intérieure.
C’est précisément l’un des objectifs de la Thérapie Globale Active (TGA).
Comme l’écrivait Carl Gustav Jung :
« Ce qui ne parvient pas à la conscience revient sous la forme du destin. »
Lorsque nous mettons en lumière ces blessures invisibles, elles cessent peu à peu de diriger notre vie dans l’ombre.
Nous ne pouvons pas changer les événements qui ont eu lieu.
En revanche, nous pouvons transformer la manière dont ils continuent de vivre en nous.